Et si le trac n’était pas votre ennemi ?

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J’ai refusé des postes de manager à cause du trac. Pendant des années, je l’ai vécu comme un ennemi. Aujourd’hui je sais que j’avais tout faux.

J’ai refusé des postes de manager à cause du trac.

Pas une fois. Plusieurs fois. Des opportunités réelles, des évolutions que j’aurais pu saisir. Mais l’idée de devoir prendre la parole en réunion, de piloter un tour de table, de me lever face à un groupe me paralysait.

Je me souviens de ces tours de table pour se présenter. Une simple phrase. Quelques mots. Et pourtant, dès que ça approchait de moi, tout se tendait. La gorge se nouait. Le cœur s’accélérait. Et je n’avais qu’une envie : que ça finisse.

Je regardais ceux qui parlaient avec aisance, qui racontaient des histoires, qui captivaient. Et je me disais : ce n’est pas pour moi.

Pendant des années, j’ai vécu le trac comme un ennemi. Comme un défaut de fabrication. Quelque chose à cacher, à combattre, à éliminer.

Aujourd’hui je sais que j’avais tout faux.

Ce qui se passe vraiment dans votre corps

Le trac, c’est de la biologie. Pas de la faiblesse.

Quand vous vous apprêtez à prendre la parole en public, votre cerveau perçoit une menace sociale. Être jugé, être mal compris, être rejeté — des peurs ancestrales, gravées dans notre système nerveux depuis des millénaires. À cette époque, être exclu du groupe signifiait mourir. Votre cerveau n’a pas complètement oublié.

En réponse, il active le système sympathique — ce qu’on appelle la réponse « combat ou fuite ». Les glandes surrénales libèrent de l’adrénaline et du cortisol. Le cœur s’accélère, la respiration se raccourcit, les muscles se tendent, la gorge se serre.

Ce n’est pas votre corps qui vous trahit. C’est votre corps qui se prépare.

Ce que dit la science

🔬 Ce que dit la science Les recherches en neurosciences montrent que la réponse physiologique au trac est identique à celle de l’excitation. La même adrénaline. Le même cortisol. Le même cœur qui bat plus vite. La différence ? L’interprétation que vous en faites.

Peur ou excitation — votre cerveau ne sait pas

Une étude de la psychologue Alison Wood Brooks, de Harvard, a montré quelque chose de fascinant : les personnes qui se disaient « je suis excité » avant de prendre la parole performaient mieux que celles qui essayaient de se calmer.

Pas « je suis calme ». Pas « je n’ai pas peur ». Mais « je suis excité ».

Parce que l’excitation et le trac sont physiologiquement proches. Même activation, même énergie. Seul le sens change. Et ce sens, vous pouvez le choisir.

Ce n’est pas de la pensée positive. C’est de la neurobiologie appliquée.

Ce que j’ai appris en traversant ma propre peur

Pendant longtemps, j’ai essayé de faire disparaître le trac. De le contrôler. De l’écraser.

Ça ne fonctionne pas. Résister au trac, c’est lui donner plus d’énergie. C’est comme essayer de ne pas penser à un éléphant rose — il envahit tout l’espace.

Un jour, j’ai accepté de prendre la direction opérationnelle de l’entreprise dans laquelle je travaillais. Et j’ai pris des cours de prise de parole. Non pas pour supprimer le trac — mais pour apprendre à parler avec lui. C’est ce choix qui a tout changé.

Ce qui a changé, c’est le jour où j’ai arrêté de le combattre. Où j’ai commencé à l’accueillir. À lui dire : « Tu es là. Je te vois. Et je vais parler quand même. »

Aujourd’hui je prends la parole. Pas sans trac. Mais avec lui. Et j’y prends du plaisir — ce que je n’aurais jamais cru possible il y a dix ans.

Votre trac dit que vous tenez à ce moment.

Que vous voulez bien faire. Que vous êtes vivant face aux autres.

Ce n’est pas votre ennemi. C’est votre carburant.

Il reste à apprendre à le conduire.

Laurent Helle
Hypnothérapeute à Pau, formateur en prise de parole en public
laurenthelle.fr